Le ski et les séjours en montagne : analyse des bénéfices physiques, psychologiques, sociaux et territoriaux
- bclinfos
- 7 févr.
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Dans un contexte de recomposition des pratiques touristiques, marqué par la recherche de bien-être, de sens et de reconnexion à la nature, les séjours en montagne et la pratique du ski conservent une attractivité remarquable. Longtemps perçus comme de simples activités de loisir saisonnières, ils apparaissent aujourd’hui comme des expériences multidimensionnelles, mobilisant des bénéfices mesurables sur la santé physique, la santé mentale, la cohésion sociale et le développement territorial.
Cet article propose une analyse scientifique et documentée des apports du ski et des séjours en montagne. En s’appuyant sur des travaux issus de la médecine du sport, de la psychologie, de la géographie touristique et de l’économie territoriale, il montre que le ski n’est pas seulement une activité récréative, mais un objet d’étude interdisciplinaire révélateur de mécanismes profonds liés au bien-être humain, à l’environnement et aux dynamiques locales.
1. Les effets physiologiques du ski : une activité sportive complète
1.1. Sollicitations musculaires et cardiovasculaires
Le ski alpin est reconnu comme une activité physique globale, mobilisant à la fois les membres inférieurs (quadriceps, ischio-jambiers, mollets), le tronc (gainage, stabilisation) et les membres supérieurs dans certaines disciplines (ski de fond, ski de randonnée). Selon Neumayr et al. (2014), le ski alpin correspond à un effort intermittent de haute intensité, associant phases d’effort anaérobie et récupération active, ce qui favorise l’amélioration des capacités cardiovasculaires.
Des études en physiologie du sport montrent que :
la fréquence cardiaque moyenne en ski varie entre 60 % et 85 % de la fréquence maximale,
la dépense énergétique peut atteindre 400 à 600 kcal/heure selon le niveau et le terrain (Neumayr et al., 2003).
Ainsi, le ski contribue à la prévention des maladies métaboliques (obésité, diabète de type 2, maladies cardiovasculaires), rejoignant les recommandations de l’OMS sur l’activité physique régulière.
1.2. Coordination, proprioception et prévention du vieillissement fonctionnel
Le ski repose sur des mécanismes de contrôle postural, d’anticipation et d’équilibre, activant fortement la proprioception. Ces capacités sont particulièrement importantes dans la prévention des chutes chez les adultes et les seniors.
Une étude de Burtscher et al. (2019) souligne que la pratique régulière des sports de montagne est associée à :
une meilleure stabilité posturale,
une diminution du déclin fonctionnel lié à l’âge,
une amélioration de la densité osseuse par sollicitation mécanique.
Ainsi, le ski s’inscrit pleinement dans une logique de vieillissement actif, notion centrale en santé publique.
2. Impacts psychologiques : bien-être, stress et santé mentale
2.1. Effets de l’environnement montagnard
La littérature en psychologie environnementale montre que l’exposition aux milieux naturels induit une réduction significative du stress et de l’anxiété. Selon la théorie de la restauration de l’attention (Kaplan & Kaplan, 1989), les paysages naturels favorisent la récupération cognitive en diminuant la surcharge attentionnelle.
Plusieurs études empiriques confirment que :
le temps passé en milieu montagnard diminue les niveaux de cortisol (hormone du stress),
la perception des paysages alpins est associée à des états émotionnels positifs (Berman et al., 2008 ; Bratman et al., 2015).
2.2. Ski, émotions et motivation intrinsèque
La pratique du ski mobilise des émotions spécifiques : plaisir, engagement corporel, sentiment de maîtrise et parfois prise de risque contrôlée. D’après la théorie de l’autodétermination (Deci & Ryan, 2000), les activités qui satisfont les besoins fondamentaux d’autonomie, de compétence et d’appartenance favorisent la motivation intrinsèque et le bien-être durable.
Le ski :
renforce le sentiment de compétence par l’apprentissage progressif des techniques,
développe l’autonomie dans la gestion du parcours et des conditions,
favorise l’appartenance à travers les pratiques collectives (famille, groupes, clubs).
Ces mécanismes expliquent pourquoi les sports de montagne sont fréquemment associés à un haut niveau de satisfaction subjective et à une diminution des symptômes dépressifs légers (Stieger et al., 2020).
3. Dimension sociale et culturelle des séjours en montagne
3.1. Une activité intergénérationnelle
Contrairement à de nombreux sports spécialisés, le ski présente une accessibilité intergénérationnelle. Il est pratiqué :
par des enfants dès le plus jeune âge,
par des adultes actifs,
et par des seniors, notamment en ski de fond ou de randonnée douce.
Cette caractéristique favorise les interactions familiales, la transmission de compétences et la construction de souvenirs communs. Selon Durkheim (1912), les pratiques collectives ritualisées renforcent la cohésion sociale : le séjour en montagne peut être interprété comme un rite moderne de partage, structurant les relations sociales.
3.2. Identité territoriale et patrimoine montagnard
Les séjours en montagne ne se limitent pas à l’activité sportive. Ils intègrent :
une culture architecturale (chalets, villages),
une gastronomie régionale,
des pratiques festives et traditionnelles.
La géographie culturelle du tourisme (Cousin & Réau, 2009) montre que ces éléments participent à la construction d’une identité territoriale, renforçant l’attachement des visiteurs et des habitants. La montagne devient ainsi un espace symbolique, porteur de valeurs associées à l’authenticité, à l’effort et à la nature.
4. Impact économique et territorial du tourisme de montagne
4.1. Un moteur de développement local
Le tourisme hivernal représente un levier économique majeur pour de nombreuses régions. Selon les travaux de Laurent et al. (2018), les stations de ski :
génèrent des emplois directs (remontées mécaniques, hôtellerie, restauration, écoles de ski),
créent des emplois indirects dans les secteurs du transport, de l’agroalimentaire et des services,
participent à la stabilisation démographique de territoires autrement exposés à l’exode rural.
4.2. Aménagement du territoire et infrastructures
Les stations ont historiquement joué un rôle structurant dans l’aménagement des zones de montagne :
accès routiers et ferroviaires,
équipements collectifs,
développement de services publics.
La géographie économique souligne que ces territoires fonctionnent comme des systèmes productifs localisés, où le tourisme agit comme catalyseur d’innovation et de diversification (Pecqueur, 2007).
5. Enjeux environnementaux et transformation du modèle
5.1. Dépendance climatique et limites écologiques
Le réchauffement climatique affecte directement la fiabilité de l’enneigement. Les travaux du GIEC (IPCC, 2021) montrent que les zones de moyenne altitude sont particulièrement vulnérables. La neige de culture, bien qu’utilisée pour sécuriser les saisons, pose des questions en termes de :
consommation d’eau,
énergie,
artificialisation des paysages.
Ces contraintes ont conduit à une remise en question du modèle “tout-ski”.
5.2. Vers un tourisme de montagne durable
De nombreuses recherches en tourisme durable (Bourdeau, 2012 ; Clarimont & Vlès, 2008) mettent en évidence l’émergence d’un nouveau paradigme montagnard :
diversification des activités (raquettes, ski de randonnée, bien-être, culture),
réduction de l’empreinte environnementale,
valorisation du tourisme quatre saisons.
Dans ce cadre, le ski reste un pilier symbolique et économique, mais s’inscrit dans une approche plus large intégrant sobriété, résilience et responsabilité environnementale.
Conclusion
L’analyse scientifique des séjours en montagne et de la pratique du ski révèle une réalité bien plus riche que leur simple dimension récréative. Le ski apparaît comme :
un outil de santé publique, favorisant la condition physique, l’équilibre et la prévention des maladies chroniques ;
un facteur de bien-être psychologique, réduisant le stress, stimulant la motivation intrinsèque et renforçant le sentiment d’accomplissement ;
un vecteur de cohésion sociale et culturelle, favorisant le lien intergénérationnel et l’identité territoriale ;
un moteur de développement économique local, structurant durablement les territoires de montagne.
Face aux défis climatiques, le ski ne disparaît pas : il se transforme. Inscrit dans une vision durable, il demeure un symbole puissant de la relation entre l’humain, le mouvement et la nature. La montagne, loin d’être un simple décor, s’affirme ainsi comme un espace de santé, de culture et d’avenir.
Références (sélection)
Berman, M. G., Jonides, J., & Kaplan, S. (2008). The cognitive benefits of interacting with nature. Psychological Science, 19(12), 1207–1212.
Bourdeau, P. (2012). Tourisme et transition territoriale en montagne. Revue de Géographie Alpine.
Bratman, G. N., et al. (2015). Nature experience reduces rumination and subgenual prefrontal cortex activation. PNAS, 112(28), 8567–8572.
Burtscher, M., et al. (2019). Effects of mountain sports on aging and health. Frontiers in Physiology.
Clarimont, S., & Vlès, V. (2008). La diversification touristique en montagne. Sud-Ouest Européen.
Cousin, S., & Réau, B. (2009). Sociologie du tourisme. La Découverte.
Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The “what” and “why” of goal pursuits: Human needs and self-determination of behavior. Psychological Inquiry.
IPCC (2021). Sixth Assessment Report: Climate Change 2021.
Kaplan, R., & Kaplan, S. (1989). The Experience of Nature. Cambridge University Press.
Laurent, C., et al. (2018). Économie du tourisme de montagne en France. Revue d’Économie Régionale & Urbaine.
Neumayr, G., et al. (2003). Cardiovascular effects of alpine skiing. Journal of Sports Medicine.
Neumayr, G., et al. (2014). Health benefits and risks of alpine skiing. International Journal of Sports Medicine.
Pecqueur, B. (2007). Le développement territorial. Économica.
Stieger, S., et al. (2020). Outdoor sports and psychological well-being. Journal of Environmental Psychology.





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